Caroline de Lichtfield

[Le destin de chacun, Volume III, pp. 225 - 228]

[225] Arrivés á Berlin, le premier soin du comte fut de présenter au roi sa soeur et son ami, en lui demandant son approbation pour leur union. Dès qu'il l'eut obtenue, l'heureuse famille se rendit á la terre que le comte possédoit á quelques lieues de Berlin, celle où [226] Caroline étoit allée le joindre, et dont Justin étoit concierge; et lá, dans la chapelle du château, le mariage fut célébré sans autre témoins que le comte, la comtesse et quelles villageois. En sortant de l'église, Louise vint faire son compliment á Lindorf; elle lui fut présentée par Caroline. C'étoit encore un moment d'épreuve; elle fut favorable á Matilde. Le dernier sentiment qu'on éprouve est toujours celui qui paroît le plus vif. Il regarda sans émotion les deux charmantes femmmes qui lui en avoient fait éprouver de si vives; et serrant la main de comte, qui se trouvoit près de lui: C'est dans ce moment, lui dit-il, que je puis vous assurer que je suis digne d'être votre frère. J'ai été passionné pour Louise; j'ai adoré Caroline; mais j'aime ma chère Matilde, et je sens que c'est pour la vie.

Lindorf pensa toujours ainsi. Malgré sa légèreté naturelle, qui l'entraîna peut-être á des infidélités passagères, [227] il fit le bonheur de son aimable compagne, parvint aux premiers grades militaires, et se distingua dans plusieurs occasions.

Le comte de Walstein fut toujours l'ami de son roi, le protecteur du peuple, le soutien des malheureux, et trouva dans l'amour constant de sa chère Caroline, dans les vertus de leurs enfans, la récompense des siennes.

Et Caroline? -- Caroline, adorée, chérie, respectée comme elle méritoit de l'être, fut la plus heureuse ainsi que la plus aimable des femmes.

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Nous dirons encore á ceux qui aiment á tout savoir, que M. de Zastrow, piqué de ce que ses grâces parisiennes, entées sur un fonds germanique, ne plaisoient qu'á mademoiselle de Manteul, qui ne lui plaisoit plus, retourna á Paris, y retrouva ses bons amis de jeu, ses bonnes fortunes de théâtre, et les vit avec tant d'assiduité, qu'il [228] mourut au bout d'une année, absolument ruiné. Sa tante se douta seulement alors que Matilde pouvoit avoir eu raison de le refuser; elle lui pardonna et la fit son unique héritière.

Mademoiselle de Manteul entra d'abord dans un chapitre, puis elle postula une place de dame d'honneur á la cour, l'obtint, et put á son gré, dans ces deux états, exercer son esprit d'intriguer.

Son aimable frère, ce jeune et bon Manteul qui nous intéresse, et que nous avons laissé aux courses de New market, y vit lady Sophie Seymour, cousin germaine du comte et de Matilde. Elle ressembloit beaucoup á sa cousine Matilde. Manteul trouva qu'il n'avoit rien perdu; et bientôt elle lui ressembla plus encore, car elle aima Manteul comme Matilde aimoit Lindorf. Le comte, dans un voyage qu'il fit á Londres avec Caroline, eut le plaisir de former cette union, et de faire encore deux heureux.


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